Achat & vente

Vendre un bien occupé : enjeux et démarches à connaître

Par Maxime
6 minutes

Transmettre un logement déjà loué : quels enjeux pour le vendeur et l'acquéreur ?


Mettre en vente un bien immobilier occupé par un locataire soulève des enjeux spécifiques sur le plan légal, financier et pratique, à la fois pour le propriétaire vendeur et pour le futur acquéreur. Cette situation, fréquente sur le marché locatif, nécessite d’anticiper les contraintes particulières qu’impose la présence d’un locataire. Droit du bail, prix de vente, obligations de chacun, formalités à respecter : tour d’horizon complet de ce qu’il faut savoir pour réussir la cession d’un logement loué.


1. Vente d’un bien loué ou « occupé » : définition et spécificités


On parle de vente occupée lorsque le propriétaire souhaite vendre son bien sans que le locataire en place ait quitté les lieux. L’une des conséquences majeures est que le bail, en cours, se poursuit automatiquement avec le nouvel acquéreur. Celui-ci « récupère » le contrat de location, ses droits, obligations, et les conditions initiales (loyer, charges, durée résiduelle du bail, etc.).


  • La vente d’un logement loué concerne aussi bien les appartements, maisons, parkings ou locaux commerciaux.
  • Elle diffère de la vente libre, où le vendeur donne congé au locataire (avec préavis et sous conditions) pour libérer le bien avant la transaction.
  • Elle s’applique pour tous types de baux : vide, meublé, professionnel ou commercial.

La vente occupée est notamment privilégiée lorsque le bail en cours le rend difficile (ou peu intéressant) à rompre, ou quand le marché cible des investisseurs recherchant un rendement locatif immédiat.


2. Les conséquences juridiques : droits du locataire et obligations du vendeur


Le bail se transmet « avec » le bien

À la date de signature de l’acte définitif de vente, le nouveau propriétaire devient le bailleur du locataire en place, sans qu’aucune formalité ou renouvellement du bail ne soit à effectuer. Toutes les conditions contractuelles se poursuivent :


  • Montant du loyer inchangé, révision annuelle éventuelle suivant les règles en cours.
  • Durée : le bail continue jusqu’à son échéance, sauf résiliation anticipée selon les motifs légaux.
  • Dépôt de garantie, inventaire (meublé), états des lieux, restent valides et doivent être transmis à l’acheteur.

Droit de préemption du locataire : un cas particulier

Ce droit existe uniquement dans certains cas, principalement pour les logements vides régis par la loi du 6 juillet 1989 et lors d'une vente « libre d'occupation » à l'échéance naturelle du bail. Dans le cas d'une vente en cours de bail (sans délivrance de congé pour vente), le locataire n'a pas de droit de préemption :


  • Il n’est pas prioritaire pour acheter le logement, sauf cas particuliers (vente « à la découpe » par un propriétaire institutionnel, par exemple).
  • Le locataire reste dans les lieux jusqu’à la fin du bail, sauf accord à l’amiable.

Les obligations du vendeur au moment de la promesse/compromis

  1. Informer explicitement l’acheteur de la présence du locataire et transmettre les documents relatifs au bail (copie du contrat, quittances, éventuels avenants ou lettres échangées).
  2. Préciser le montant du dépôt de garantie à reverser à l’acquéreur le jour de la vente.
  3. Fournir l’état des lieux d’entrée, les diagnostics obligatoires, le détail des charges récupérables, les éventuels litiges ou contentieux en cours.

3. Impact sur le prix de vente : quelle décote prévoir ?


Un bien loué se vend, en moyenne, entre 10% et 20% moins cher qu’un bien libre, selon les situations. Plusieurs facteurs expliquent cet écart :


  • Pour un investisseur, le bien offre une rentabilité immédiate mais avec peu de liberté sur le choix du locataire, du niveau de loyer ou de l’usage.
  • L’acquéreur occupant, qui voudrait habiter le logement, doit attendre la libération naturelle (fin du bail) ou tenter une transition à l’amiable, rarement possible à court terme.
  • Si le loyer pratiqué est inférieur au marché ou si le locataire est protégé (âge, revenus modestes), cela allonge potentiellement la durée d’occupation.

En zone tendue ou sur des biens très recherchés, la décote est plus faible. Mais sur des marchés locatifs détendus, une occupation inamovible peut fortement limiter la valeur du bien à la revente.


4. Le parcours de vente d’un bien occupé : démarches à respecter


Préparer la commercialisation

  1. S’assurer de la conformité du bail (dépôt de garantie encaissé, état des lieux signé, diagnostics obligatoires à jour).
  2. Informer le locataire de la décision de vendre, même si son accord n’est pas requis (cela facilite la communication pour organiser les visites, etc.).
  3. Rassembler toutes les attestations de paiement des loyers, les éventuelles procédures en cours (impayés, contestations).

Réaliser les visites

  • La loi autorise les visites dans la limite de 2 heures par jour ouvrable (sauf accord plus souple du locataire).
  • Il est conseillé de fixer à l’avance, par écrit, les créneaux de visite, et de toujours respecter l’intimité du locataire.

Le bon relationnel avec le locataire est un atout pour valoriser le bien et fluidifier la transaction.


Signature du compromis/acte authentique

  1. Le compromis doit mentionner que la vente inclut un bail en cours, avec détail du loyer, nom du locataire, durée résiduelle, montant du dépôt de garantie et éventuelles procédures en cours.
  2. À la signature de l’acte authentique, le dépôt de garantie perçu à l’origine est versé par le vendeur à l’acheteur.
  3. L’acquéreur notifie officiellement au locataire le changement de propriétaire (lettre recommandée ou acte d’huissier).

5. Quels risques et comment les anticiper ?


  • Impays de loyer : Un acquéreur peut devenir responsable d’un locataire mauvais payeur, y compris sur des sommes dues antérieurement si la situation n’a pas été régularisée lors de la vente. D’où l’importance de vérifier l’historique des paiements et d’insérer, si besoin, une clause de garantie dans le compromis.
  • Bail non conforme ou litigieux : Un contrat « vicié » (absence d’état des lieux, requalification possible en bail d’habitation, défaut de diagnostics) peut engendrer une baisse de valeur ou un contentieux après la cession.
  • Défaut d’information : Si l’acheteur n’est pas suffisamment informé de la nature et de la durée du bail, il peut se retourner contre le vendeur en cas de litige.

6. Astuces pour valoriser la vente d’un logement occupé


  • Préparez un dossier complet (copies du bail, preuves de paiement, diagnostic technique, rentabilité réelle ou potentielle) à remettre à tout investisseur intéressé.
  • Présentez les « atouts locatifs » du bien : historique du locataire, absence d’impayés, loyers en phase avec le marché, taux de rotation faible.
  • Offrez, si possible, la possibilité de négocier à l’amiable la sortie du locataire (indemnité, prise en charge de frais de relogement).
  • Privilégiez des supports de commercialisation orientés investisseurs (agences spécialisées, annonces précisant les conditions du bail).

FAQ pratique sur la vente d’un bien occupé


Un propriétaire peut-il donner congé au locataire pour vendre ?

Oui, mais seulement à l’échéance du bail et en respectant un préavis légal (6 mois pour un logement vide, 3 mois en meublé), sous réserve de motifs légitimes (reprise, vente, etc.) et selon certaines démarches strictes. En vente occupée, cela ne s’applique pas : le bail suit le bien.


Que se passe-t-il pour le locataire après la vente ?

Rien ne change : il continue à occuper le logement aux mêmes conditions qu’auparavant, sauf si l’acquéreur, à l’échéance du bail, décide d’un congé pour reprise ou pour vendre, dans les formes prévues par la loi.


L’acquéreur peut-il augmenter immédiatement le loyer ?

Non, seul le mécanisme de révision légale annuelle (et le respect de l’encadrement des loyers en zone tendue) s’applique. Un changement de propriétaire n’est jamais un motif suffisant pour revaloriser un loyer hors cadre juridique précis.


Comment se passe la régularisation du dépôt de garantie ?

À la vente, le vendeur doit transmettre à l’acquéreur le montant du dépôt de garantie perçu à l’origine, augmenté des éventuelles régularisations. Ce sera le nouveau bailleur qui le restituera au locataire en fin de location.


Bons réflexes et conseils clés pour une vente sereine


  1. Faites un audit précis du bail et du dossier locatif bien avant la mise en vente.
  2. Communiquez avec le locataire et valorisez la fiabilité du locataire auprès des prospects.
  3. Anticipez la décote et ciblez prioritairement une clientèle d’investisseurs.
  4. Mettez à jour tous les diagnostics techniques et les documents locatifs.
  5. Sécurisez juridiquement les étapes clés (promesse, acte, transfert du dépôt de garantie).
  6. Envisagez de travailler avec une agence spécialisée dans les biens occupés pour toucher les bons acheteurs.

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