Diagnostics & normes

Diagnostics immobiliers pour les locaux commerciaux : spécificités et points de vigilance

Par Maxime
6 minutes

Comprendre l’enjeu des diagnostics dans l’immobilier commercial

L’achat, la vente ou la location d’un local commercial impose au propriétaire de nombreux diagnostics techniques, parfois proches de ceux imposés pour les logements, mais qui présentent aussi des spécificités notables. Pour les professionnels, ces vérifications ne sont pas qu’une simple formalité : elles constituent des garanties de sécurité, de conformité avec la réglementation, et protègent vendeurs, bailleurs comme acquéreurs ou locataires contre d’éventuels vices ou litiges futurs.
Quels diagnostics faut-il fournir, quelles sont leurs particularités, les risques en cas d’oubli, comment anticiper ? Tour d’horizon complet pour les propriétaires, investisseurs, gestionnaires et commerçants.


Panorama des diagnostics obligatoires et à prévoir

La liste des diagnostics immobiliers applicables à un local commercial dépend de plusieurs facteurs : date de construction du bien, situation géographique, nature de l’activité, et opérations envisagées (vente, location, travaux, changement d’usage…).
Voici les principaux diagnostics sur lesquels se concentrer :

  • Amiante : Diagnostic Technique Amiante (DTA)
  • Plomb : constat de risque d’exposition au plomb (CREP), dans certains cas
  • Termites et parasites bois : selon les zones géographiques
  • État des risques et pollutions (ERP)
  • Performance énergétique (DPE) : avec des modalités spécifiques pour le tertiaire/commercial
  • Électricité et gaz : si les installations ont plus de 15 ans
  • Audit accessibilité handicapés : notamment pour les ERP (établissements recevant du public)
  • Diagnostic assainissement : si le bien n’est pas raccordé au tout-à-l’égout

Amiante : un diagnostic fondamental pour les locaux antérieurs à 1997

L’amiante a été massivement utilisé dans la construction jusqu’en 1997. Ainsi, pour tout local commercial construit avant cette date, un DTA (Diagnostic Technique Amiante) est obligatoire, que le bien soit vendu, loué ou exploité.
Le DTA est plus complet que le simple diagnostic amiante des logements : il concerne toutes les parties (privatives, techniques, parties communes), et il doit être régulièrement actualisé. Tout propriétaire doit tenir ce document à disposition des locataires, acquéreurs et intervenants techniques.
Point de vigilance : L’absence de DTA, sa non-mise à jour ou son manque d’accessibilité en cas de contrôle peut engager la responsabilité pénale du propriétaire ou du bailleur. De plus, il conditionne les interventions ultérieures (travaux, démolition, transformation).


Diagnostic plomb : un cas à étudier selon l’ancienneté

Le plomb (CREP) s’applique en priorité aux habitations, mais peut parfois concerner les locaux commerciaux transformés avant 1949. Il doit être envisagé si des enfants de moins de 6 ans risquent d’être exposés (activité de crèche, école, etc.), ou si un changement d’affectation est prévu vers un usage d’habitation.
Bon à savoir : En cas de doute sur la date ou l’usage antérieur du local, mieux vaut solliciter un diagnostiqueur.


Termites et autres parasites : une obligation géolocalisée

En fonction des arrêtés préfectoraux, le diagnostic termites doit être annexé à l’acte de vente si le local commercial est situé dans une zone touchée par ces parasites xylophages.
Les régions exposées sont régulièrement mises à jour sur le site du service public ou auprès des mairies.
Charge au propriétaire de vérifier s’il est concerné : le document vaut 6 mois et doit être renouvelé pour toute nouvelle transaction.


État des risques et pollutions (ERP) : incontournable et actualisé

L’ERP (anciennement ERNMT/ESRIS) recense tous les aléas : inondation, mouvement de terrain, sismicité, risques industriels ou technologiques, pollution des sols.
Il est obligatoire tant pour la vente que pour la location de locaux commerciaux, et doit être actualisé moins de 6 mois avant signature. Une évolution du plan de prévention oblige à remettre le document à jour en cas de report de la transaction.


DPE commercial : une approche technique spécifique

Le Diagnostic de Performance Énergétique (DPE) s’applique à la majorité des locaux commerciaux, mais avec des modalités qui diffèrent des logements.
Pour les locaux chauffés (bureaux, magasins, restaurants), le DPE doit être joint lors de la location ou de la vente.
Sont exemptés les espaces non chauffés (entrepôts “froids”, certains ateliers) et locaux non couverts.
Depuis 2024, le DPE “tertiaire” est devenu plus rigoureux, notamment à cause du dispositif Éco Énergie Tertiaire (loi ELAN) : les propriétaires de surfaces de plus de 1 000 m² doivent également produire une déclaration annuelle sur OPERAT et réduire progressivement leur consommation d’énergie.


Diagnostics électricité et gaz : sécurité des installations anciennes

Si les installations électriques ou de gaz du local commercial datent de plus de 15 ans, un diagnostic de conformité est requis lors de la vente (et parfois lors de la location).
Ce diagnostic, bien qu’initialement conçu pour le logement, concerne les professions libérales, commerces, et bureaux.
À anticiper pour rassurer les occupants et éviter toute mise en cause en cas d’incident.


Accessibilité handicapé : obligations renforcées pour les ERP

Dès lors que le local accueille du public (commerce, cabinet médical, agence...), la mise en accessibilité est obligatoire depuis la loi de 2005, avec certains aménagements tolérés sous conditions.
Le propriétaire/bailleur doit produire un diagnostic accessibilité, consigner ses obligations dans un agenda programmé puis réaliser les travaux, ou justifier d’une impossibilité technique ou financière.
Délai de conformité et sanctions : les manquements exposent à des sanctions financières voire une fermeture administrative du local.


Assainissement : attention aux raccordements “autonomes”

Si le local n’est pas relié au tout-à-l’égout, un diagnostic assainissement non collectif (ANC) est obligatoire lors d’une vente, qui déterminera le niveau de conformité et d’éventuelles obligations de travaux.
La situation est rare en commercial, mais concerne certains locaux ruraux, ateliers, garages.


Diagnostics annexes et cas particuliers

  • Diagnostic mérule dans certaines communes.
  • Étude de sols pour les activités à risque ou polluantes.
  • Audit de sécurité incendie : particulièrement recommandé en activité tertiaire ou recevant du public.

Qui doit financer les diagnostics et à quel moment les remettre ?

C’est le vendeur ou le bailleur qui assume le coût des diagnostics réglementaires, à annexer à l’acte définitif (compromis, acte authentique, ou bail commercial).
En copropriété, certains diagnostics (amiante, termites, accessibilité parties communes...) sont mutualisés sur le syndic.


Que risque-t-on en cas d’oubli ou de non-conformité ?

L’absence ou la falsification d’un diagnostic obligatoire peut « figer » la vente ou la location, voire être sanctionné judiciairement.
L’acquéreur ou le locataire peut réclamer la résolution du contrat, une baisse du prix, voire des dommages-intérêts. Des amendes sont prévues pour les manquements, et la responsabilité civile voire pénale du propriétaire peut être engagée en cas d’accident.
Conseil : tenir à jour son dossier technique global pour éviter toute mauvaise surprise.


FAQ pratique “diagnostics locaux commerciaux”

Puis-je utiliser les diagnostics d’un ancien propriétaire ?

Certains diagnostics disposent d’une durée de validité longue (DTA, DPE parfois), d’autres doivent être réactualisés pour chaque transaction : ERP (< 6 mois), termites (< 6 mois), électricité/gaz (< 3 ans). Il est donc impératif de vérifier chaque date de validité.


Existe-t-il des diagnostics facultatifs mais recommandés ?

Un audit sécurité incendie, la recherche de polluants ou la vérification de la conformité “urbanisme” ne sont pas toujours exigés, mais sont conseillés dans les activités exposées.


Le DPE concerne-t-il tous les locaux commerciaux ?

Non. Si le local n’a pas de système de chauffage fixe, le DPE peut être inapplicable. Mais toute surface chauffée et même certains espaces industriels doivent produire ce diagnostic pour l’information du locataire/acquéreur.


Conseils pratiques pour une gestion sereine des diagnostics

  1. Anticiper le calendrier : lancement des diagnostics au moins 2 mois avant la transaction ou l’entrée du locataire.
  2. Vérifier le statut ERP ou non ERP du local (établissement recevant du public).
  3. Faire appel à des diagnostiqueurs certifiés et adresser le carnet complet à tous les signataires.
  4. Archiver chaque rapport pour une transparence totale lors du renouvellement du bail ou de la revente.
  5. Consulter les guides professionnels ou syndicats spécialisés pour les spécificités de certains secteurs.

Résumé : un enjeu légal, technique et stratégique indispensable

  1. Les diagnostics immobiliers pour un local commercial diffèrent de ceux du logement classique, notamment sur l’amiante, le DTA, et l’accessibilité ERP.
  2. Leur remise à jour, leur exhaustivité et leur accessibilité représentent autant une légalité qu’une sécurité pour toutes les parties.
  3. Anticiper les démarches avec des professionnels compétents économise temps, argent et évite litiges ou blocages.
  4. Ne négligez aucune spécificité (ERP, surface, zone géographique, usage…) pour un dossier solide et rassurant.

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