Fiscalité

Succession et fiscalité immobilière : bien préparer la transmission de son bien

Par Maxime
5 minutes

Anticiper la transmission de son patrimoine immobilier : enjeux et cadre juridique

Transmettre un bien immobilier à ses héritiers est un acte à la fois affectif et patrimonial. Pourtant, préparer cette étape pose de nombreuses questions : comment anticiper les frais de succession, optimiser la fiscalité et garantir la bonne répartition du patrimoine ? Encore trop de Français découvrent, au décès d’un proche, la complexité du traitement immobilier dans la succession.
Mieux vaut donc s’informer et organiser en amont la transmission d’un logement, d’une maison ou d’un patrimoine plus diversifié. Tour d’horizon des règles, bonnes pratiques et stratégies pour assurer la sérénité des générations futures.


La fiscalité successorale appliquée à l’immobilier

Lors de l’ouverture d’une succession, tous les biens immobiliers (résidence principale, secondaire, investissements locatifs, terrains) sont évalués à leur valeur au jour du décès. Ils entrent dans l’actif successoral taxable et sont soumis aux droits de succession après déduction d’éventuelles dettes (crédits en cours, impôts dus).
La fiscalité dépend du lien de parenté avec le défunt :

  • En ligne directe (enfants, parents) : chaque enfant bénéficie d’un abattement de 100 000 € sur la part reçue de chaque parent.
  • Entre époux ou partenaires PACS : exonération totale de droits de succession.
  • Frères et sœurs, neveux, amis : abattements plus faibles, puis taux progressifs de 35 % à 60 %.

Le montant à régler s’avère donc très variable selon la valeur du patrimoine transmis et le degré de proximité familiale. Pour l’immobilier : la part taxable s’obtient après estimation du bien, partage éventuel et déduction des dettes attachées au logement (prêt, charges de copropriété impayées, etc.).


Déterminer la valeur des biens immobiliers pour la succession

L’administration exige que les héritiers procèdent à une évaluation « réelle » et fidèle de chaque bien détenu. Plusieurs méthodes : estimation libre sur la base du marché, recours à un agent immobilier ou à un notaire (avec expertise) selon la complexité.
Une sous-évaluation expose les héritiers à des redressements avec pénalités. Une entreprise ou un patrimoine composé d’immeubles de rapport impose parfois d’affiner la valorisation (prise en compte de loyers, décote pour indivision, etc.).
Bon à savoir : la résidence principale du défunt bénéficie souvent d’une décote d’environ 20 %, si un conjoint ou un enfant y réside encore au jour du décès.


Anticiper grâce à la donation : les stratégies à connaître

La donation en pleine propriété : elle consiste à transmettre un bien de son vivant et permet d’utiliser les abattements (100 000 € par enfant, renouvelables tous les 15 ans). Plus elle est réalisée tôt, plus elle limite le poids fiscal à la succession.
Les donations peuvent porter sur tout ou partie d’un bien, avec partage possible entre héritiers pour prévenir les conflits futurs.


Le démembrement de propriété : cette technique consiste à séparer l’usufruit (droit d’utiliser et de percevoir les revenus) et la nue-propriété (détention du bien sans usage immédiat). Les parents donnent la nue-propriété à leurs enfants, tout en conservant l’usufruit à leur profit (ex : percevoir les loyers ou occuper le logement).
À leur décès, les enfants récupèrent la pleine propriété sans droits supplémentaires, l’usufruit s’éteignant automatiquement. Ce mécanisme réduit la base taxable, car seule la valeur de la nue-propriété est soumise aux droits de donation calculée selon l’âge du donateur.


La donation-partage : elle permet de figer la valeur des biens au jour de la transmission et de répartir équitablement le patrimoine entre plusieurs bénéficiaires. Cette solution prévient les contestations ultérieures et protège la cohésion familiale.


SCI familiale & clause de tontine : outils d’organisation et de protection

La Société civile immobilière (SCI) est un instrument efficace pour gérer, transmettre et optimiser la détention d’un bien immobilier familial. Chaque héritier reçoit des parts sociales, ce qui facilite la gestion, le partage et la transmission par cession ou donation de parts. D’un point de vue fiscal, la SCI ne permet pas de réduire d’emblée les droits, mais elle offre une grande souplesse de gestion (entrée et sortie d’associés, transmission graduelle, etc.).


La tontine est rarement utilisée mais demeure une solution protectrice pour un couple non marié : au décès d’un cotitulaires, l’autre récupère la pleine propriété du bien sans que la part du défunt entre en succession. Cependant, la fiscalité de la tontine est lourde pour les partenaires non mariés.


Vivre dans le logement après sa transmission : quels droits ?

Le législateur a prévu divers mécanismes pour protéger le conjoint survivant ou garantir un « toit » à un héritier :

  • Droit viager au logement : dans un couple marié, le conjoint survivant bénéficie d’un droit d’habitation à vie sur la résidence principale, quelle que soit la part qui lui revient dans la succession.
  • Usufruit réservé par le défunt : fréquente lors de donations en démembrement (usufruit/nue-propriété).
  • Indivision successorale : quand le bien n’est pas immédiatement partagé, les héritiers en deviennent collectivement propriétaires jusqu’à son partage ou sa vente.

Optimiser la fiscalité successorale : bonnes pratiques et conseils

  1. Anticiper et transmettre tôt : Utiliser les abattements et renouveler les donations tous les 15 ans pour transmettre progressivement un patrimoine sans surcoût fiscal.
  2. Démembrer les propriétés : Sécuriser ses droits tout en préparant l’avenir des enfants (nue-propriété/usufruit).
  3. Créer une SCI familiale : Clarifier la détention, faciliter la gestion commune, organiser la succession.
  4. Faire établir régulièrement la valeur des biens : Rester en phase avec le marché et prévenir tout risque de redressement.
  5. Garder trace écrite des donations manuelles (argent, mobiliers, etc.) : Pour éviter les contestations entre héritiers et limiter la fiscalité douce à travers des donations déguisées.
  6. Consulter un notaire pour toute stratégie complexe : Notamment en présence de familles recomposées, d’enfants mineurs ou de patrimoine international.

Questions fréquentes sur la transmission immobilière

Faut-il toujours passer devant notaire ?

Toute succession comportant un bien immobilier doit obligatoirement donner lieu à un acte notarié (déclaration de succession, attestation de propriété). Même une simple donation impose le recours au notaire.


Quels délais pour régler les droits de succession ?

Les droits doivent être payés dans les 6 mois qui suivent le décès. Un paiement échelonné peut être accordé sur demande et acceptation de l’administration fiscale (intérêts).


Le règlement de la succession bloque-t-il la vente du bien ?

Avant le partage définitif, le bien est en indivision ; toute vente requiert l’accord unanime des héritiers, ou leur représentation.


Pièges à éviter et points de vigilance

  • Sous-évaluer les biens : Mieux vaut faire estimer objectivement la valeur de marché des biens pour éviter tout redressement fiscal ultérieur.
  • Négliger les dettes et charges : Charges de copropriété, impôts locaux, crédits immobiliers doivent être intégrés à l’actif ou au passif de la succession.
  • Laisser des tensions en indivision : Une indivision prolongée favorise les blocages et mésententes. Organisez le partage dès que possible ou donnez mandat à un notaire pour trouver un accord.
  • Mésestimer les frais de notaire : Outre les droits de succession, il faudra régler les frais de règlement (environ 2-3% de la valeur du bien).

En conclusion : préparer l’avenir de son patrimoine immobilier, c’est protéger ses proches

  1. L’immobilier représente l’essence de nombreux patrimoines français : anticiper sa transmission évite conflits, fiscalité excessive et difficultés administratives.
  2. Multiples outils existent : donation simple ou-partage, démembrement, SCI, assurance-vie, etc.
  3. L’accompagnement d’un notaire, voire d’un conseiller en gestion de patrimoine, assure une stratégie optimale et une protection efficace des bénéficiaires.

Pour aller plus loin sur les stratégies de transmission, les conséquences fiscales selon votre situation, ou comparer les outils à privilégier, retrouvez tutoriels, modèles de documents et guides sur immo-pratique.fr.

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