Gestion locative

Entretien du logement : obligations respectives du locataire et du bailleur

Par Maxime
6 minutes

Le partage des responsabilités dans la maintenance d’un logement loué

Louer un bien implique des engagements réciproques : si le locataire profite d’un logement entretenu, il s’oblige aussi à le maintenir dans un état correct tout au long de la location. Parallèlement, le bailleur doit garantir la sécurité, la salubrité et la décence du bien. Ce délicat jeu d’équilibre, encadré par la loi française, soulève régulièrement des questions pratiques : jusqu’où va la responsabilité de chacun ? Quels travaux ou réparations incombent au locataire, et lesquels restent à la charge du propriétaire ? Passage en revue, point par point, pour éviter les litiges et vivre une location sereine.


Le locataire : un acteur clé de l’entretien courant

Dès la remise des clés, le locataire devient gardien du logement. Il est tenu, selon l’article 7 de la loi du 6 juillet 1989, « d’assurer l’entretien courant du logement et des équipements mentionnés au contrat de location, ainsi que les menues réparations ». Mais concrètement, à quoi cela correspond-il ?


L’entretien courant : une obligation de bon sens… et de détails

L’entretien courant regroupe l’ensemble des gestes, vérifications et petits travaux réguliers qui préservent le bon fonctionnement et l’état général du logement :

  • Nettoyage et aération : le locataire doit garder les sols, murs, plafonds et équipements propres, éviter l’humidité, dépoussiérer les bouches d’aération.
  • Entretien des équipements : remplacement des ampoules, tubes néon, interrupteurs, piles de détecteurs de fumée, veille au bon usage des prises électriques.
  • Menuiseries et serrures : graissage des gonds de porte, fenêtres, entretien de la serrure (avec changement des petites pièces détériorées), vérification de la bonne fermeture pour garantir la sécurité.
  • Installations liées à l’eau : débouchage régulier des éviers, lavabos, baignoires, nettoyage des siphons, remplacement de joints ou de flexibles lorsque nécessaire.
  • Chauffage individuel et gaz : nettoyage des radiateurs, purge de chauffages à eau, maintenance annuelle de la chaudière (souvent à la charge du locataire si indiqué dans le bail), ramonage des conduits si usage privatif.
  • Entretien des extérieurs privés : tonte de pelouse, taille des haies, dégagement des gouttières pour les maisons individuelles ou parties privatives.

À noter : certains baux précisent la liste des tâches attendues, mais la loi fournit aussi une nomenclature officielle (décret du 26 août 1987) qui fait foi en cas de désaccord.


Menues réparations : ce qui revient au locataire

La notion de « menues réparations » recouvre généralement tout ce qui relève d’une usure normale ou d’une petite dégradation imputable à l’usage quotidien :

  • Changement de joints d’étanchéité dans la cuisine ou la salle de bain
  • Remplacement d’une vitre cassée par inadvertance
  • Remise en état d’une porte abîmée
  • Peinture d’une cloison tâchée ou griffée par un déménagement
  • Déblocage d’un volet roulant ou remise en fonctionnement d’une tringle à rideaux

En revanche, si la réparation est due à la vétusté, à un vice de construction ou à un événement non imputable au locataire (dégât des eaux dû à la toiture par exemple), la responsabilité ne lui incombe pas.


Le bailleur : garantir un logement sain, sécurisé et entretenu en profondeur

Il ne suffit pas pour le propriétaire de remettre les clés en bon état : il doit aussi assurer, tout au long de la location, l’entretien des éléments structurels et les réparations majeures garantissant la sécurité et la décence du logement.


Obligation de délivrance et entretien des équipements majeurs

Le bailleur doit remettre un logement répondant aux critères de décence : absence de risques manifestes pour la sécurité physique, bonne ventilation, équipements en état de marche (chaudière, sanitaire, volets, électricité, etc.). Ensuite, il veille à ce que les installations restent sûres et fonctionnelles :

  • Parties communes et gros œuvre : réparation ou remplacement de la toiture, de la façade, ravalement, traitement des infiltrations, entretien des colonnes d’eau, d’évacuation, du réseau électrique principal.
  • Systèmes collectifs : réparation ou renouvellement de la chaudière centrale, ascenseur, antenne ou interphone si le logement s’intègre à un immeuble.
  • Sécurité et salubrité : mise aux normes des installations en cas d’évolution réglementaire (tableau électrique, détecteur de fumée obligatoire, etc.), élimination de toute source d’insalubrité (présence d’amiante, plomb, etc.).

Réparations autres que locatives : la charge du propriétaire

Tout ce qui sort du cadre de l’usure normale ou du petit entretien dû au locataire revient naturellement au propriétaire, notamment :

  • Rénovation du système de chauffage central
  • Remplacement d’un chauffe-eau hors d’usage
  • Réparation ou changement d’un volet électrique défaillant pour cause de vieillissement
  • Remise aux normes des installations de gaz ou d’électricité vétustes
  • Traitement de la charpente contre les parasites ou réparation d’un plancher endommagé structurellement

En cas de sinistre d’origine extérieure (tempête, inondation), le propriétaire doit aussi prendre en charge les travaux nécessaires, souvent remboursés par l’assurance habitation propriétaire non occupant.


Synthèse : qui paie quoi ?

  • Locataire : entretien courant, réparations dues à son usage quotidien, dégradations personnelles, maintenance annuelle d’équipements individuels si le bail le prévoit.
  • Bailleur : grosses réparations, interventions liées à la vétusté, remises aux normes, remises en état en cas de sinistre hors responsabilité du locataire.

Cas particuliers et sources de litige fréquents

Malgré les textes, des situations intermédiaires peuvent faire naître des conflits. Quelques pièges à désamorcer :


L’usure normale ou la vétusté ?

Le temps fait son œuvre et un logement vieillit inexorablement. S’il est normal qu’un joint de robinet soit remplacé par le locataire, ce n’est pas à lui de refaire une salle de bain devenue obsolète à force d’ancienneté.

  • En cas d’état des lieux d’entrée détaillé, la vétusté peut être objectivée avec un barème (par exemple, neuf ans pour un papier peint ordinaire, quinze ans pour une moquette…).
  • Si un équipement tombe en panne par usure malgré un usage normal et l’entretien du locataire, la réparation appartient au bailleur.

Les travaux imposés par la loi en cours de bail

Si une nouvelle norme entre en vigueur (rénovation énergétique, sécurité électrique…), le propriétaire doit s’y conformer à ses frais.


Accès du bailleur pour entretien ou réparation

Le bailleur peut accéder au logement pour effectuer les réparations qui lui incombent. Toutefois, il doit prévenir le locataire à l’avance (jours et horaires convenus), sauf urgence caractérisée (fuite d’eau massive, court-circuit, etc.).


Dégâts ou sinistres : la question de l’assurance

Chaque partie doit souscrire une assurance adaptée : le locataire une assurance habitation couvrant les dommages causés au logement ; le bailleur une assurance propriétaire non occupant pour les sinistres majeurs hors faute du locataire.


Bonnes pratiques pour éviter les conflits

  • État des lieux précis : Relevez l’état réel du logement à l’arrivée, photos à l’appui, et mentionnez l’état des équipements.
  • Communication régulière : N’attendez pas la catastrophe ! Le locataire doit prévenir rapidement le bailleur en cas de dysfonctionnement grave, le bailleur doit rester joignable et réactif.
  • Conservation des factures : Après un entretien ou une réparation, conservez preuve et justificatif pour solder un éventuel désaccord lors du départ.
  • Lecture attentive du bail : Certaines obligations particulières peuvent y être mentionnées (ramonage, entretien de jardin, entretien de chaudière, etc.).

FAQ : les questions les plus fréquentes

Le locataire doit-il repeindre ou refaire les papiers peints ?

Non, sauf dégradation volontaire ou importante. Les petits trous, traces résultant d’un usage dit « familial » ne justifient pas une retenue automatique sur le dépôt de garantie. Seules les détériorations manifestes sont à la charge du locataire.


Qui paie le débouchage d’une canalisation ?

Si l’obstruction résulte d’un manque d’entretien courant (cheveux, graisses accumulées), cela revient au locataire. Si la cause provient du système d’évacuation vétuste ou d’un vice de construction, ce sera au bailleur d’intervenir.


Qui assure le ramonage d’une cheminée ?

Sauf mention expresse dans le bail, cette obligation d’entretien courant est à la charge du locataire (au moins une fois par an, preuve à produire au bailleur). Si l’installation doit être réparée ou remplacée car défectueuse, cette tâche revient au propriétaire.


Un appareil électroménager offert par le bailleur tombe en panne : qui répare ?

Un appareil mentionné dans l’état des lieux appartient au bailleur : si le problème vient de l’usure normale, le remplacement incombe au propriétaire. Si la panne est due à un mauvais usage, le locataire peut être facturé. L’entretien courant (nettoyage, filtre, détartrage) reste toujours à sa charge.


En résumé : bien identifier ses obligations pour vivre sereinement la location

  1. Le locataire veille à l’entretien régulier, à l’usage correct et prend en charge les petites réparations liées à l’usage quotidien.
  2. Le bailleur assure la décence du logement, prend en charge les grosses réparations, le renouvellement des équipements vétustes et la mise en conformité légalement requise.
  3. Les conflits naissent souvent d’un manque de clarté : tout débute par un état des lieux complet et une communication transparente.
  4. En cas de doute, la liste officielle du décret du 26 août 1987 et la lecture du bail permettent d’arbitrer équitablement.

Conseil pratique : Anticipez ! Lors de l’entrée dans les lieux, discutez ouvertement des modalités d’entretien. Pour chaque réparation, privilégiez la concertation plutôt que l’affrontement : certains sites ou guides comme immo-pratique.fr détaillent exemples concrets et cas pratiques pour éviter les mauvaises surprises.

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